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Blog culturel consacré à l'art et à la littérature

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Racine et la tendresse

 

Lorsqu’on remet en perspective ses œuvres, une chose frappe chez Jean Racine : le tragique s’est avec lui séparé de l’héroïsme. Avant Racine, le déclin de la tragédie héroïque était déjà sensible, chez Thomas Corneille (frère de l'auteur du Cid), par exemple, le thème principal porte souvent sur les infortunes de l’amour. Mais la séparation de la tragédie héroïque et de la tragédie « tendre » n’était pas toujours évidente, l’amour tendre (hérité de la chevalerie) s'alliant très bien à l’héroïsme. Cet amour qui éveille autant d’attendrissement que d’admiration chez le spectateur.

Chez Racine, les personnages sympathiques ou pleins de noblesse morale sont nombreux, que ce soit dans Bérénice (les trois personnages principaux), Bajazet (Bajazet et Atalide), Britannicus (Britannicus et Junie), Mithridate (Xipharès et Monime) ou Phèdre (Hippolyte et Aricie). Ces personnages sont admirables face à la mort, irréprochables dans l’amour, pleins de dignité face aux épreuves. Ils sont en cela les héritiers de la tragédies des héros, comme chez Pierre Corneille. Mais ils en ont perdu le ton et l’allure.

La beauté morale est discrète chez eux ; elle n’est pas mise en exergue et n'est pas présentée en tant que prodige. Ils sont vertueux, mais leur langage est naturel. Ils sont dignes mais avec pudeur. Ils se sacrifient mais avec résignation. Le sublime est ici retenu, caractéristique essentielle du théâtre racinien. Ce changement de ton trouve sans doute son origine dans une évolution des mœurs. Le ton glorieux n’est plus à la mode au sein de la noblesse de l'époque. Une délicatesse qu’elle n’avait pas auparavant se manifeste ainsi dans la tragédie, laquelle paraît plus naturelle.

Cette tendresse et cette pudeur, qui s’éloignent du ton glorieux, ont impressionné nombre d’auteurs, qui s’en sont inspirés, comme Voltaire. Mais les jeunes romantiques, dans leur désir de moderniser le théâtre, les rejetteront quant à eux.

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J
Comme pour l'erotisme et comme pour la peur, cacher en partie les choses et seulement les suggerer, laissant ainsi au spectateur/lecteur le soin d'enrichir la scene par sa propre imagination donne a mon sens un resultat meilleur que les effets les plus outres.<br /> Je me souviens ainsi de cet extrait d'Andromaque dans lequel la jeune veuve, se preparant a mourir confie a sa servante le soin d'elever son fils Astianax en lui demandant de lui parler longuement des exploits de son pere Hector, et puis ajoute-t-elle, d'une petite voix, en baissant les yeux (du moins c'est comme cela que je l'imagine), "parle lui parfois de sa mere".<br /> C'est la tout l'art de la pudeur racinienne. Superbe d'effet avec une economie de moyens. Cela fait penser a du Debussy.<br /> <br /> "Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait, fidele?"
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N
<br /> <br /> Super passage en effet^^<br /> <br /> Pour la peur, cela me fait penser que j'aimerais beaucoup voir le film japonais "The Ring", qui joue apparemment sur cette suggestion, avec talent, dit-on.<br /> <br /> Pour revenir à Racine, on a aussi souvent évoqué la sobriété de son vocabulaire (on a dit, à tort je crois, qu'il fallait à Racine 600 mots pour écrire une tragédie). Mais en fait cela<br /> dépend des pièces... il est vrai en revanche que son rival Corneille fait preuve de bien moins de sobriété, pour ce qui concerne le vocabulaire.<br /> <br /> <br /> <br />
J
Comme pour l'erotisme et comme pour la peur, cacher en partie les choses et seulement les suggerer, laissant ainsi au spectateur/lecteur le soin d'enrichir la scene par sa propre imagination donne a mon sens un resultat meilleur que les effets les plus outres.<br /> Je me souviens ainsi de cet extrait d'Andromaque dans lequel la jeune veuve, se preparant a mourir confie a sa servante le soin d'elever son fils Astianax en lui demandant de lui parler longuement des exploits de son pere Hector, et puis ajoute-t-elle, d'une petite voix, en baissant les yeux (du moins c'est comme cela que je l'imagine), "parle lui parfois de sa mere".<br /> C'est la tout l'art de la pudeur racinienne. Superbe d'effet avec une economie de moyens. Cela fait penser a du Debussy.<br /> <br /> "Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait, fidele?"
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