Blog culturel consacré à l'art et à la littérature
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Cette pièce de Shakespeare dégage une puissance sans commune mesure, grâce notamment à la forte caractérisation symbolique des principaux personnages (l’intégrité morale et passionnelle de Desdémone, l'héroïsme tragique d’Othello, le machiavélisme d'Iago, plus célèbre scélérat de tout le répertoire théâtral). Je m'attarderai sur le lien qui unit ces deux derniers personnages.
Duplicité/naïveté, voilà comment peut se résumer le couple Iago-Othello : union toxique et finalement mortelle de deux êtres. Leur relation/fusion est un jeu d’hypnose : Iago est fasciné par sa capacité à manipuler sa proie ; Othello obnubilé par cet autre qui met en mots ses fantasmes érotiques. La proie est droguée de paroles, jusqu’au passage à l’acte.
"Le More change déjà sous l'influence de mon poison. Les idées funestes sont par leur nature, des poisons qui d'abord font à peine sentir leur mauvais goût, mais qui, dès qu'ils commencent à agir sur le sang, brûlent comme des mines de soufre... Ni le pavot, ni la mandragore, ni tous les sirops narcotiques du monde ne te rendront jamais ce doux sommeil que tu avais hier."
La scène centrale (acte III, scène 3) met en scène leur fusion-effusion. Ces deux hommes forment un couple dont l’enjeu est symbolique. Ce couple rumine une haine et prépare une vengeance qui les implique, les motive, tous les deux. Dans cette polarité de l’être, les vrais mensonges de l’un et les fausses vérités de l’autre se complètent.
Dans cette scène (III, 3), Othello et Iago s'unissent et se grisent à force de se posséder. Cela débute par des caresses, des doutes insufflés. Au début, Iago manipule Othello dont la femme serait possédée par un tiers. Très vite, au couple invoqué, se substitue ce couple de deux hommes. Iago intoxique Othello d’hypothèses, de questions, et il déclenche sa jalousie.
"La jalousie est un monstre qui s'engendre lui-même et naît de ses propres entrailles."
Mais la jalousie n’est ici qu’une forme du mal-être narcissique. Et ce qu’Othello redoute par dessus tout (qu’on l'abuse en jouissant de sa femme à son insu) est justement ce qu’il est en train de vivre : en faisant jouer l’idée qu’un autre prend sa femme, Iago le possède.
"Oh ! Attention, monseigneur, à la jalousie ; c'est le monstre aux yeux verts qui tourmente la proie dont il se nourrit."
Pour Othello, les hommes sont ce qu’ils semblent être: cet homme paraît honnête, c'est donc qu'il l’est. Naïveté... il aurait dû méditer cette phrase de Iago : "Je ne suis pas ce que je suis..."
Le texte explore les raisons de cette naïveté : il montre l’écart entre amour de soi et amour de l’autre. L’amour d’Othello pour Desdémone n’est que son amour pour lui-même. Iago s’infiltre dans cette confusion. Lui qui ne cesse de parler imagine et réalise la vengeance. Mais pas seulement. Il commente également l’action. Et d'une certaine manière, sa parole arrogante l'assimile à un double, démoniaque, du dramaturge.