Blog culturel consacré à l'art et à la littérature
Franz Kafka est né à Prague en 1883. Cet admirateur de Flaubert commence, en 1910, un journal qui lie l’existence à un désastre total. Ce sentiment prend sans doute racine dans les rapport qu’il entretient avec son père - celui-ci le méprise et le tyrannise jusqu’en 1922. Franz a dit lui-même que toute son œuvre découlait de ce conflit et des méditations qu’il fit sur la puissance paternelle. Nous ne savons pas grand chose de sa jeunesse, sinon qu’il souffrit d’un amour contrarié et qu’il avait le goût des récits de voyage. Après l’université, il occupe des fonctions dans une compagnie d’assurance, qu’il doit quitter en 1917, victime d’une tuberculose qui l’emporte en 1924. Il publie son premier livre, Considération, en 1915, la Métamorphose, en 1919. Il meurt dans un sanatorium des environs de Vienne. Son ami et exécuteur testamentaire, Max Brod, publie alors ses manuscrits, passant outre ses recommandations (Kafka voulait qu’on brûle son œuvre).
On peut mettre en exergue deux idées directrices dans l’œuvre de Kafka: la dépendance et l’infini. Dans presque tous ses récits, et particulièrement dans le Procès et le Château, on retrouve des hiérarchies, et ces hiérarchies sont infinies. Joseph K., pris dans un procès insensé, cherche sans y parvenir à savoir de quel crime il est accusé. Il ne réussit même pas à paraître devant le tribunal qui doit le juger, malgré toutes les rencontres qu’il provoque lui-même. K., héros de son dernier roman, est un arpenteur appelé dans un château, dans lequel il ne parvient jamais à pénétrer. Il tente en vain de rencontrer les autorités qui régissent ce lieu.
La puissance de ces romans naît des obstacles sans fin, des multiples rencontres qui ne débouchent sur rien de tangible, que les héros (si identiques) affrontent. Mais leur quête est impossible, car pour arriver au point B, il faut d’abord atteindre le point C, mais pour parvenir à C, il convient de passer par D, que précède E, etc., etc. Ce cheminement est infini. Le génie de Kafka est dans l’invention de ces situations intolérables (et épuisantes pour ses héros, la fatigue ressentie par les deux K. est un leitmotive des romans).
L’écriture de Kafka me paraît moins remarquable que l'invention dont il fait preuve dans ses textes. Je ne parle pas seulement du style, ou de la façon dont il conduit la narration, mais du fait qu’il n’y a en réalité qu’un seul personnage dans son œuvre. L’homme, à la fois juif et allemand, qui aspire à trouver une place, si humble soit-elle, dans l’univers, dans un village, dans un asile ou une prison. Mais l’atmosphère si particulière (et si oppressante) confère une puissance singulière à ses livres, et l’argument de départ est d'une force exceptionnelle.