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Blog culturel consacré à l'art et à la littérature

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Voltaire, l'affaire Calas


« Il faut hardiment chasser aux bêtes puantes », c’est-à-dire « l’infâme », qu’est toute religion établie, et en premier lieu pour Voltaire la religion chrétienne. C’est en 1762 que le philosophe apprend la nouvelle du supplice de Jean Calas, et il en parle d’abord, n’ayant aucune raison de le croire innocent, avec une certaine désinvolture : « Un bon huguenot roué à Toulouse pour avoir étranglé son fils. Un saint réformé qui voulait faire comme Abraham. » Il conclut en disant : « Nous ne valons par grand-chose, mais les huguenots sont pires que nous, et de plus ils déclament contre la comédie. » Pourtant, Voltaire est en éveil : que Calas soit coupable ou non, cette affaire relève du pire fanatisme, mais est-ce celui d’un père qui tue son fils pour la religion, ou celui d'une cour qui fait rouer un innocent pour le même motif ? L’Infâme est à l’œuvre, mais de quel côté ?

Voltaire ne se prononce pas, dans un premier temps, mais il demande à d’Alembert de l’aider à réunir des preuves. En moins de quinze jours, malgré les moyens de communication de l’époque, malgré le doute initial, il réalise qu’il s’agit d’une décision de justice ignoble. Dès lors, il aura le courage d'affirmer l’innocence de la famille Calas et se jettera dans la lutte contre le fanatisme.

Jusque-là, Voltaire n’avait pas vocation de justicier : sinon pour son propre compte et ses propres démêlés judiciaires. Mais cette affaire lui permet de s’engager pour une cause actuelle, une affaire où il peut dénoncer l’erreur judiciaire (et donc attaquer les gens de robe), erreur commise qui plus est  par le Parlement (autre ennemi, les juges sont jansénistes). De plus, ce Parlement est celui de Toulouse, alors « terre de fanatisme », qui a donné l’exemple de la Saint-Barthélemy, et qui célèbre « par une procession et des feux de joie le jour où elle massacra quatre mille citoyens hérétiques il y a deux siècles », nous apprend son Traité de la Tolérance. Enfin, Toulouse est la capitale du Midi, et pour lui « la lumière vient du Nord ». Mieux dit, cette affaire est propice à une grande controverse voltairienne.

À condition du moins que l’erreur judiciaire soit prouvée, et la tâche était difficile de ce point de vue, puisque la thèse du suicide du fils Calas ne résistait pas à l’examen des faits. Les Calas, ces innocents, avaient en effet menti dans leurs déclarations, ce qui compliquait terriblement la tâche de leurs défenseurs. Voltaire eut alors l’intelligence d’abandonner l’idée de faire toute la lumière sur les circonstances exactes du décès, et de porter l’estocade contre l'esprit de superstition qui s’était acharnée sans preuve contre Jean Calas. L’erreur n’était alors plus imputable à une seule cour de justice, mais à une collectivité entière, ce qui la rendait bien plus intéressante et susceptible de faire grand bruit.

Voltaire mit alors en œuvre toutes les ressources de son immense intelligence, quitte à modifier quelque peu les faits (il vieillit ainsi Jean Calas, pour le peindre sous un jour plus pathétique et aussi pour rendre moins crédible la thèse de l’assassinat d’un fils jeune et robuste par un vieillard).

Voltaire trouva en outre matière à déployer ses talents de tragédien avec un tel sujet, l’affaire Calas est la meilleure tragédie qu’il ait eu à présenter, selon ses propres paroles, et celle-ci respectait toutes les conventions du genre : avec son lot de catastrophes, la terreur et la pitié qu'inspiraient les faits. On se moqua même de lui pour cela. Fréron, critique littéraire et ennemi de Voltaire, eut ce mot : « La tête poétique s’échauffe ». Mais Voltaire s’est emparé avec passion de l’affaire et vivra même à travers elle. Le dénouement, en 1765, fut le plus « beau cinquième acte qui soit au théâtre », et le terrible Voltaire ira jusqu’à verser des larmes d’attendrissement. « C’est la philosophie toute seule qui a remporté cette victoire », dira-t-il.

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L
Tu penses donc qu'il aurait vu là un moyen d'acquérir une renommée plus grande?<br /> Ses œuvres n'étaient-elles pas déjà connues, à ce moment là?<br /> <br /> Je pense surtout qu'il a profité de sa renommée pour dénoncer une injustice, ce qui est selon moi tout à son honneur ;)<br /> <br /> Enfin bref, je suppose que les deux versions ont un peu de vrai^^<br /> Et c'est vrai que j'ai une tendance naturelle à l'utopisme et la naïveté... ça doit être l'âge qui veut ça ;)<br /> <br /> Sinon, tiens, rien à voir mais rappelle moi à l'occasion que j'ai un texte à te passer, j'oublie à tous les coups ;)
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N
<br /> <br /> Je pense en effet que Voltaire ne négligeait pas l'idée de gloire dans ce genre d'affaire, les citations que j'ai rapportées me paraissent assez éloquentes ;) Mais, évidemment, il cherchait<br /> surtout à défendre son idée de la justice (très différente de celle de certains tribunaux de l'époque) :jap:<br /> <br /> Ok, pour le texte, je te le réclamerai^^ <br /> <br /> <br /> <br />
J
Petit retour sur une celebre affaire fort interessant.<br /> En realite, ce detestable evenement est surtout pour moi l'occasion de revenir sur la grandeur et la misere du metier d'intellectuel, car si la profession s'aureole des actions courageuses de Voltaire et de Zola, combien n'a-t-elle pas eu a rougir du ridicule d'un Sartre et autres compagnons de deroute?<br /> Mon mauvais esprit ose parfois s'imaginer que nos glorieux tenors telegeniques piaffent de joie a l'annonce de l'injustice pour la simple joie de se presenter comme les dignes successeurs du sieur Arouet. Apres tout, on a les Calas et la Barre qu'on peut...<br /> Bref, tout en honorant la memoire de ceux qui ont veritablement combattu l'infame (je ne parle pas de ceux qui ont tente d'empecher la sortie du dernier opus de Britney Spears), je ne peux m'empecher de me delecter au spectacle de ces mediatiques professionnels qui se sentent soudainement investis d'une mission divine et restent persuades d'incarner les nouveaux phares de l'humanite au detour d'une chanson franchement et impitoyablement engagee.<br /> Merci, glorieux amis pourfendeurs du mal et du silence touchant les artistes en mal d'auditoire d'exister. La releve de Voltaire est dignement assuree.<br /> <br /> <br /> PS : mon ami Florent Brunel te salut!
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N
<br /> Ton intervention va me permettre de revenir sur un point que j'ai esquissé dans l'article.<br /> <br /> Mais d'abord, puisque tu évoques les intellectuels médiatico-comiques, je pense évidemment, évidemment, à BHL. Certes, il aime manifestement attirer l'attention des médias, et je l'apprécie très<br /> peu, comme bien des gens. D'un autre côté, je crois (sans être vraiment bien renseigné) qu'il a été un des premiers à attirer l'attention sur de véritables tragédies (se passant en ex-Yougoslavie<br /> et au Darfour). Donc, il a(urait) fait son "job", en l'occurrence. Ensuite, recherche-t-il la gloire par ce type d'intervention? J'ai envie de répondre: évidemment!<br /> <br /> Et c'est là que je reviens à Voltaire. Celui-ci a eu du courage en s'attaquant comme il l'a fait à des pouvoirs établis, mais il se mettait lui-même en scène en cela (peut-être pas autant que BHL,<br /> ok...), cf les allusions à la mise en scène d'une tragédie, à travers l'affaire Callas, que j'ai signalées. Il y avait très certainement le souci de servir la "vérité", la justice, de la part de<br /> Voltaire, mais pas que ça. Il y avait un autre sentiment, moins désintéressé.<br /> <br /> Je ne jette pas la pierre à Voltaire, ce sentiment, cette recherche de la gloire, sont tellement humains (et on pourrait citer d'autres hommes que nous aimons tous les deux, qui ont été assez<br /> sensibles à leur propre postérité). Je voulais juste rappeler à quel point même les meilleures actions peuvent avoir un côté peu reluisant. Les grands hommes sont humains, après<br /> tout.<br /> <br /> PS: Ce que je dis ne s'applique nullement à tous les Florent Brunel du show-bizz :p<br /> <br /> <br />