Blog culturel consacré à l'art et à la littérature
Oui, je t’aime, cité, création de Pierre,
J’aime le morne aspect de ta vaste rivière,
J’aime tes dômes d’or où l’oiseau fait son nid,
Et tes grilles d’airain et tes quais de granit,
Mais ce qu’avant tout j’aime, ô cité d’espérance,
C’est de tes blanches nuits la douce transparence
Premiers vers du poème le Cavalier de Bronze, de Pouchkine, traduit par Alexandre Dumas.
Ce texte commence donc par l'évocation élogieuse de la ville de Saint-Pétersbourg. Mais très vite le ton change... la ville est sous la menace d'une inondation. Le héros du poème, Eugène, fonctionnaire qui aime la modeste Paracha, se trouve pris au piège des eaux qui submergent la ville (Saint-Pétersbourg a été construite, à l'embouchure de la Neva, comme un défi à la nature par le tsar Pierre le Grand). Il se sauve en grimpant sur un lion de marbre et observe le cataclysme toute une nuit. Au matin, lorsque les eaux sont redescendues, Eugène se précipite chez Paracha. La maison de sa fiancée s'est effondrée.
Devant les ruines, il devient fou et éclate de rire. Il erre par la suite dans la ville et vit en clochard. Un jour, il arrive devant la statue équestre de Pierre le Grand (fameuse oeuvre en Russie) et lui hurle sa rage. Il lui semble alors que la statue quitte son socle pour le poursuivre à travers la ville...
Et le pauvre dément tourna
Autour du socle de l'idole
Et regarda farouchement la face
Du souverain de la moitié du monde.
(...)
Et serrant les dents, doigts crispés,
Comme possédé du démon:
"Bravo, bâtisseur de miracles! -
Murmura-t-il tremblant de rage, -
Je m'en vais te..." Et tout à coup
Il se mit à fuir au plus vite.
Il avait cru que du terrible tsar
Lentement vers lui se tournait
La face flambant d'ire soudaine...
A travers la place déserte
Il court et entend derrière lui,
Tel un grondement de tonnerre
Un galop pesant qui résonne
Sur le pavé qu'il fait trembler.
Ce poème est un symbole de la rébellion impuissante contre le pouvoir tyrannique, que symbolise la statue et plus largement la ville. Le tsar Nicolas Ier a censuré ce texte, exigeant de Pouchkine des modifications que celui-ci a refusé. Ce poème n'a donc été publié qu'à sa mort.
A propos de Saint-Pétersbourg, je rêve de visiter un jour la fameuse perspective Nevski, une des plus belles avenues du monde, où l'on peut voir ceci:

Cathédrale Notre-dame-deKazan
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Bibliothèque nationale