Blog culturel consacré à l'art et à la littérature
Percy Bysshe Shelley (1792-1822), qui épousa Mary Godwin, laquelle écrira le célèbre roman Frankenstein, après avoir souffert de l’incompréhension de ses contemporains, est devenu l'un des poètes anglais les plus célèbres. Shelley, le « meilleur d’entre nous » comme a dit de lui, non pas un ancien président français, mais Lord Byron, était « un maître du style », pour reprendre les mots de Wordsworth à son sujet. Malheureusement, comme tous les poètes, il perd beaucoup à être lu en traduction. « Une personne ignorante du grec n’a besoin que de regarder le Paradis perdu ou la tragédie de Lear en traduction française pour se faire par analogie une idée de sa piètre et misérable inadéquation », a-t-il lui même écrit (et il nous suffit à nous de lire Baudelaire traduit en anglais, pour nous persuader de la justesse de sa pensée). Paradoxe, Shelley fut lui-même un grand traducteur.
Le problème est ici, comme dans bien d’autres cas, affaire de musicalité. Shelley est un virtuose du rythme, chez qui le mot lui-même compte moins que sa position dans le vers, et que la façon dont les accents toniques sont répartis. On comprend dès lors la difficulté pour les traducteurs de rendre le rythme, les sons, des textes de Shelley, sans en briser le sens.
C’est pourquoi je copie l’original avant la traduction, dans cet extrait d'Adonaïs, une des œuvres majeures de Shelley. Pour voir combien un texte peut perdre en traduction, malgré la bonne qualité de celle-ci, lire le texte en anglais puis en français est assez éloquent.
I weep for Adonais – he is dead !
O, weep for Adonais! Though our tears
Thaw not the frost which binds so dear a head!
And thou, sad Hour, selected from all years
To mourn our loss, rouse thy obscure compeers,
And teach them thine own sorrow, say: “With me
Died Adonais; till the Future dares
Forget the Past, his fate and fame shall be
An echo and a light unto eternity!”
Je pleure Adonis – il est mort
O, pleurez Adonis, quand bien même nos larmes
Ne fondront pas le gel qui éteint une tête si chère !
Et toi, Heure triste parmi toutes choisie
Pour pleurer notre perte, réveille tes obscures compagnes,
Apprends-leur ton chagrin, dis-leur : « Avec moi
Est mort Adonis ; tant que l’Avenir n’osera
Oublier le Passé, sa gloire et sa destinée seront,
Pour l’éternité, un écho et une lumière !
Traduit par Robert Davreu