Film de Louis Malle, avec Maurice Ronet, Jeanne Moreau, Bernard Noel, Lena Skerla, Alexandra Stewart
Histoire:
Alain Leroy, qui vient de subir une cure de désintoxication, a décidé de mettre fin à ses jours dans quarante-huit heures. En attendant, il traîne son mal-être au hasard de rencontres sans lendemain, qui ne suscitent que de nouvelles déceptions et aggravent son dégoût.
Le Feu follet est adapté d’un bon (et court) roman de Pierre Drieu La Rochelle. Dans le livre, Leroy est plus antipathique que dans le film. C'est un choix révélateur: Malle cherche en effet à susciter l'empathie du spectateur et gomme donc certains aspects méprisables du héros, comme sa cupidité (le roman s'ouvre ainsi par une scène où ce personnage, drogué par ailleurs, couche avec une riche américaine contre de l'argent). Et, en effet, le misérable Leroy m'a beaucoup touché. Il n’est pourtant qu’un dandy velléitaire qui, pour la dernière fois, fait la tournée de ses bars habituels.
"On a l’impression que Drieu méprise son personnage, disait Louis Malle. C’est pourquoi j’ai cherché à le rendre plus sympathique. Et d’abord pour une simple raison " technique ", à savoir qu’il n’est pas possible de faire un film entier sur un personnage marginal, inutile, inintéressant. Il fallait trouver des failles par lesquelles la sympathie du spectateur pourrait pénétrer : estomper la question de l’argent était une façon simple de rendre le personnage sympathique. Tel qu’il est, je crois que le personnage suscite une grande tendresse par son humanité exaspérée. On est touché et concerné."
Maurice Ronet est impressionnant dans ce rôle, son jeu illustre très bien la détresse du personnage.
Cette oeuvre est le portrait d’un homme beau, encore jeune et recherché par les femmes, mais cynique, écoeuré de lui et d'autrui… Sa dernière journée s’inscrit entre l’amour de Lydia, une femme souhaitant le sauver mais qu'il finit par quitter, et des "au revoir" distraits dits à tous les "amis" qu'il revoit. Rien ne peut le retenir, surtout pas une quelconque vocation. Il s'est rêvé écrivain, mais l'insatisfaction l'a amené à détruire ses notes.
Alain s'efface peu à peu, disparaît de son environnement, alors que ceux qu'il croise restent ancrés dans la vie. Filmé en premier plan sur fond de foule, il est hors du monde, isolé, décalé.
Ce n'est pas réellement le portrait d'une génération désaxée que nous offre Malle à travers ce film: le mal-être n'appartient pas à une époque donnée. Et puis, le genre de vie que mène Alain limite la portée sociale de ce film. Le Feu Follet peut pourtant éveiller de douloureux échos à travers les thèmes traités: peur de vieillir, lassitude de vivre, dégoût de soi, sentiment d'échec... Alain, le riche oisif, ne se suicide pas sans motif: son acte prend racine dans son absence de raisons de vivre.
C'est un très grand film, et l'évoquer me donne envie de découvrir un autre film de Louis Malle, considéré par certains comme son chef-d'oeuvre: Lacombe Lucien.