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Phryné devant l'Aéropage, de Jean Léon Gérôme (1824-1904).
Loin de moi l'idée de vanter les mérites de Gérôme, peintre académicien, auteur de tableaux particulièrement laids, et bien sûr couronné de son vivant comme peintre de grand talent (il avait une jolie collection de médailles).
Mais cette toile est tout de même bien amusante. Gérôme se base ici sur l'histoire d'une courtisane athénienne, devenue par la suite modèle du grand sculpteur Praxitèle. Cette très belle jeune femme (sa réputation de beauté était légendaire), Phrynée, fut accusée d'obscénité et dut comparaître devant la justice. La plaidoirie de son avocat fut des plus simples: il la dénuda devant les graves magistrats chargés de la juger.
Après cela, les juges, reconnaissants apparemment, refusèrent de condamner une aussi belle femme.
Ce qui est amusant dans ce tableau, c'est que les visages des magistrats représentent en réalité les bons bourgeois français du XIXe siècle. Tous sont scan-da-lisés devant tant d'obscénité, mais pas dégoûtés plus que ça par le corps de Phrynée. Ce genre de réaction traduit assez bien l'hypocrisie des gens établis, toujours prompts à s'insurger contre les atteintes faites à la morale. Se cachent là-derrière bien des désirs refoulés... La tête et la langue pendante de certains magistrats valent le coup d'oeil!