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Si cette toile peut paraître aujourd’hui une représentation de la vie idyllique à la campagne, quand la toile des Glaneuses fut présentée au Salon, en 1857, elle eut un impact immédiat en tant qu’illustration des conditions de vie très difficiles des paysans au milieu du XIXe siècle.
Ici, c’est la différence sociale qui est illustrée, avec les plus pauvres au premier plan et le nouveau riche à l’arrière-plan (le propriétaire des terres exploitées). Les glaneuses, ce sont ces femmes qui ramassent au sol les épis qui restent après la moisson. Ces femmes vivaient de ce qu’elles pouvaient recueillir dans les champs. Mieux dit, les miettes qui traînent sur la table d’un riche. Jean-François Millet (1814-1875) est contemporain de Karl Marx.
Et pourtant, cette image poignante se mue ici en scène intemporelle. C’est presque un paysage de Nicolas Poussin où règne le calme (les couleurs qui dominent, bleu, rouge, jaune, sont précisément les couleurs caractéristiques des tableaux de Poussin). Millet donne à celles qu’on a appelées les « Trois Grâces des pauvres » une valeur presque héroïque. Mais à y regarder de plus près, les visages des femmes trahissent l’abrutissement des bêtes de sommes, exténuées au labeur. Avec ce genre d’œuvres, les paysans, les plus modestes des travailleurs, accèdent à la représentation picturale. Il n’y aurait peut-être pas eu les Repasseuses de Degas ou les Raboteurs de parquet de Caillebotte, sans Millet.