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Dans une armature en bronze fin, sous la forme d’une croix encadrée par un rectangle posé sur sa pointe, il y a une plaque de cristal que traverse un faisceau rayonnant d’autres plaques, lesquelles forment un éventail translucide. Voilà, brièvement décrite, la sculpture qu’Anton Pevsner (1886-1962) a baptisée Construction dans l’espace.
Pevsner précise qu’il « n’emploie aucun des outils traditionnels du sculpteur mais ceux du mécaniciens et jusqu’aux bouteilles à oxygène, aux lampes à souder, aux lunettes protectrices. Je dois être à la fois ingénieur et soudeur. » Le résultat est pour le moins étrange, avec des aspects multiples, sans avant ni arrière, fait pour être vue autant sous des angles que des éclairages variés. Cette sculpture absorbe littéralement l’ombre et la lumière. Pevsner s'est revendiqué en tant qu’ingénieur, mais il aurait pu prétendre également au titre de mécanicien : les joints qui unissent le métal et le cristal sont exposés clairement, le système d’assemblage n’est pas dissimulé.
Anton Pevsner fut avec Naum Gabo, son frère, l’un des créateurs du constructivisme, et le premier à utiliser des éléments cinétiques en sculpture. Ces deux Russes récusaient la distinction habituelle entre art et science, ils entendaient fonder leur art sur des matériaux nouveaux et une technologie moderne. Mais, tandis que le peintre Tatline, autre fondateur du constructivisme, mit en exergue la fonction socio-politique de l’art, affirmant la valeur de ses applications utilitaires, Pevsner et Gabo pensaient avant tout l’œuvre d’art comme objet autonome. D'où une controverse... Or, la liberté d’opinion en Union soviétique fut une chose assez brève, et le groupe dirigé par Tatline l’a finalement emporté : les Pevsner quittèrent donc la Russie et diffusèrent en Occident leurs principes du constructivisme. Ils poursuivirent, en France, leur effort d’abstraction et de dématérialisation, leur valorisation de l’espace.