
L'histoire débute par une séquence montrant une
riche villa à Hollywood, située à Sunset boulevard. Ici, c'est luxe, calme, belle piscine, un mort dans la piscine. Une voix-off se fait alors entendre : c’est le mort qui va nous
raconter son histoire.
Jeune scénariste au chômage, Joe Gillis (William Holden) échappe un jour à ses créanciers en se réfugiant dans cette villa. Une femme l’y « accueille », il s’agit d’une riche star du
muet à la personnalité… peu banale. Elle ne rêve que de retrouver sa gloire passée et prépare LE scénario qui devrait mettre le monde et accessoirement les studios de cinéma à ses pieds. Joe
Gillis lit le texte : dire que le scénario est mauvais serait encore aimable. Il accepte de le remanier et s’installe chez Norma Desmond (Gloria Swanson), qui vit avec un majordome (Eric von
Stroheim, à la vie et à l'oeuvre si exceptionnelles, magnifique dans La Grande illusion, cf l'article Jean
Renoir ) pour le moins mystérieux… Le scénario est bientôt porté chez Cecil B. Demille (qui joue son propre rôle).
À travers ce film de 1950 aux séquences envoûtantes,
Billy Wilder, rend hommage à la mythologie du cinéma, sous la forme d’une oraison funèbre.
Sunset boulevard est une artère de Los Angeles où vivent les célébrités américaines. C’est donc là que le réalisateur Billy Wilder (1906-2002) tourne cette fable grinçante et cruelle, à la mise
en abyme vertigineuse, sur la grandeur et la décadence de la mythologie hollywoodienne. Le rôle de Norma Desmond fut proposé à de nombreuses actrices, mais toutes refusèrent, car elles se
jugeaient trop concernées. Gloria Swanson n’eut pas cette réticence et le rôle lui allait à merveille : lancée par Mack Sennett, elle connut la gloire à l’époque du muet et l’un de ses
derniers succès fut Queen Kelly, d’Eric von Stroheim, qu’elle retrouve donc dans Sunset boulevard.
Il y a plus : un extrait de Queen Kelly est inclus dans Sunset boulevard et c’est Eric von Stroheim (sous le pseudo
transparent de Max von Mayerling) qui le projette ! Réalité et fiction se mêlent ici, et d’autres éléments du film y contribue (ne serait-ce que la présence dans son propre rôle de Cecil B.
Demille, qui eut à un moment de sa carrière pour actrice fétiche… Gloria Swanson). D’autant que Eric von Stroheim vit sa carrière de cinéaste brisée et qu'il fit tourner lui aussi Gloria
Swanson.
La narration, assurée par un mort, ajoute distanciation et cynisme. C’est la marque de Wilder. Il crée aussi ici de véritables séquences oniriques (l’enterrement du chimpanzé) revêtues d’une
grande puissance de fascination (on est aussi parfois très mal à l’aise devant ce qui défile à l’écran).
Œuvre phare, un peu oubliée aujourd’hui, à la construction en abyme exceptionnelle (David Lynch doit beaucoup à ce film, Mulholland drive en témoigne), avec des personnages littéralement
investis dans leur rôle et à la scène finale… un très grand moment de cinéma.
Billy Wilder évolua par la suite vers un comique grinçant, privilégiant l’équivoque, notamment dans son autre chef-d’œuvre Some like
it hot







Derniers Commentaires