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Vendredi 10 août 5 10 /08 /Août 19:14




 

L'histoire débute par une séquence montrant une riche villa à Hollywood, située à Sunset boulevard. Ici, c'est luxe, calme, belle piscine, un mort dans la piscine. Une voix-off se fait alors entendre : c’est le mort qui va nous raconter son histoire.

Jeune scénariste au chômage, Joe Gillis (William Holden) échappe un jour à ses créanciers en se réfugiant dans cette villa. Une femme l’y « accueille », il s’agit d’une riche star du muet à la personnalité… peu banale. Elle ne rêve que de retrouver sa gloire passée et prépare LE scénario qui devrait mettre le monde et accessoirement les studios de cinéma à ses pieds. Joe Gillis lit le texte : dire que le scénario est mauvais serait encore aimable. Il accepte de le remanier et s’installe chez Norma Desmond (Gloria Swanson), qui vit avec un majordome (Eric von Stroheim, à la vie et à l'oeuvre si exceptionnelles, magnifique dans La Grande illusion, cf l'article Jean Renoir ) pour le moins mystérieux… Le scénario est bientôt porté chez Cecil B. Demille (qui joue son propre rôle).


À travers ce film de 1950 aux séquences envoûtantes, Billy Wilder, rend hommage à la mythologie du cinéma, sous la forme d’une oraison funèbre.


Sunset boulevard est une artère de Los Angeles où vivent les célébrités américaines. C’est donc là que le réalisateur Billy Wilder (1906-2002) tourne cette fable grinçante et cruelle, à la mise en abyme vertigineuse, sur la grandeur et la décadence de la mythologie hollywoodienne. Le rôle de Norma Desmond fut proposé à de nombreuses actrices, mais toutes refusèrent, car elles se jugeaient trop concernées. Gloria Swanson n’eut pas cette réticence et le rôle lui allait à merveille : lancée par Mack Sennett, elle connut la gloire à l’époque du muet et l’un de ses derniers succès fut Queen Kelly, d’Eric von Stroheim, qu’elle retrouve donc dans Sunset boulevard.

Il y a plus : un extrait de Queen Kelly est inclus dans Sunset boulevard  et c’est Eric von Stroheim (sous le pseudo transparent de Max von Mayerling) qui le projette ! Réalité et fiction se mêlent ici, et d’autres éléments du film y contribue (ne serait-ce que la présence dans son propre rôle de Cecil B. Demille, qui eut à un moment de sa carrière pour actrice fétiche… Gloria Swanson). D’autant que Eric von Stroheim vit sa carrière de cinéaste brisée et qu'il fit tourner lui aussi Gloria Swanson.

La narration, assurée par un mort, ajoute distanciation et cynisme. C’est la marque de Wilder. Il crée aussi ici de véritables séquences oniriques (l’enterrement du chimpanzé) revêtues d’une grande puissance de fascination (on est aussi parfois très mal à l’aise devant ce qui défile à l’écran).

Œuvre phare, un peu oubliée aujourd’hui, à la construction en abyme exceptionnelle (David Lynch doit beaucoup à ce film, Mulholland drive en témoigne), avec des personnages littéralement investis dans leur rôle et à la scène finale… un très grand moment de cinéma.

Billy Wilder évolua par la suite vers un comique grinçant, privilégiant l’équivoque, notamment dans son autre chef-d’œuvre Some like it hot

Publié dans : Cinéma
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Mercredi 19 octobre 3 19 /10 /Oct 19:20

 

(Article écrit à partir d’un texte de Jorge Luis Borges, à qui revient l’idée d’un Whitman, « homme triple ».)


La démocratie américaine… comment célébrer cette nouvelle espérance, quand on est un poète vivant à l’époque de son essor ? Un poète médiocre aurait composé une ode allégorique et emphatique. Walt Whitman (1819-1892)  exprime quant à lui son amour pour la vie libre, la nature et la démocratie, en créant un procédé nouveau. La démocratie est justement un fait nouveau, pense Whitman: pour en parler, il faut renoncer à suivre les modèles poétiques, aussi glorieux soient-ils.

Il choisit un héros, symbole de la démocratie multiple et qui devra donc être lui-même innombrable. Walt Whitman construit une figure complexe et étonnante qu’il nomme…. Walt Whitman. Ce héros est à la fois un simple journaliste et un homme que le journaliste aurait voulu être : un homme qui existe pour l’aventure et l’amour, parcourant toute l’Amérique. On ne s’étonnera plus, dès lors, qu’un des poèmes de son recueil s’intitule : Chant de moi-même. Dans ce texte, il narre un épisode héroïque de la guerre du Mexique, qu’il dit avoir entendu raconté au Texas, où il n’alla jamais. Ainsi se trouve illustrer le fait que Whitman évoque le Whitman qu’il aurait aimé être, et ce qu’il aurait souhaité vivre.

Whitman était double, mais pas seulement. Il était également "triple", et ce troisième personnage, c’est le lecteur, aussi changeant que le principal protagoniste de l’œuvre. Pour cela, Whitman a recourt au dialogue: le lecteur parle avec le poète et lui demande ce qu’il voit, ou bien il lui avoue la tristesse qu’il éprouve de ne pas l’avoir rencontré et aimé.

Ce personnage multiple est une grande invention. Elle est le fait d’un homme modeste, qui n’a pas vécu la vie qu’il souhaitait. Mais au-delà du mérite de cette invention, c'est tout le recueil Feuilles d'herbe qui m'a impressionné, c'est une des plus grandes oeuvres poétiques que j'ai lues. Feuilles d'herbea profondément influencé la poésie américaine, mais pas seulement. De nombreux poètes à travers le monde doivent quelque chose à Whitman. Le plus célèbre est peut-être Pablo Neruda.




   Chant de moi-même


Walt Whitman, un cosmos, de Manhattan le fils, Turbulent, bien en chair, sensuel, mangeant, buvant et procréant,

Pas sentimental, pas dressé au-dessus des autres ou à l'écart d'eux

Pas plus modeste qu'immodeste.

Arrachez les verrous des portes!

Arrachez les portes mêmes de leurs gonds!

Qui dégrade autrui me dégrade

Et rien ne se dit ou se fait, qui ne retourne enfin à moi.

A travers moi le souffle spirituel s'enfle et s'enfle, à travers moi c'est le courant et c'est l'index. Je profère le mot des premiers âges, je fais le signe de démocratie,

Par Dieu! Je n'accepterai rien dont tous ne puissent contresigner la copie dans les mêmes termes.

A travers moi des voix longtemps muettes

Voix des interminables générations de prisonniers, d'esclaves,

Voix des mal portants, des désespérés, des voleurs, des avortons,

Voix des cycles de préparation, d'accroissement,

Et des liens qui relient les astres, et des matrices et du suc paternel.

Et des droits de ceux que les autres foulent aux pieds,

Des êtres mal formés, vulgaires, niais, insanes, méprisés,

Brouillards sur l'air, bousiers roulant leur boule de fiente.

A travers moi des voix proscrites,

Voix des sexes et des ruts, voix voilées, et j'écarte le voile,

Voix indécentes par moi clarifiées et transfigurées.

Je ne pose pas le doigt sur ma bouche

Je traite avec autant de délicatesse les entrailles que je fais la tête et le coeur.

L'accouplement n'est pas plus obscène pour moi que n'est la mort.

J'ai foi dans la chair et dans les appétits,

Le voir, l'ouïr, le toucher, sont miracles, et chaque partie, chaque détail de moi est un miracle.

Divin je suis au dedans et au dehors, et je sanctifie tout ce que je touche ou qui me touche.

La senteur de mes aisselles m'est arôme plus exquis que la prière,

Cette tête m'est plus qu'église et bibles et credos.

(…)

 

Extrait de Chant de moi-même, traduction par André Gide.


 



Walt Whitman am I, a Kosmos, of mighty Manhattan the son,

Turbulent, fleshy and sensual, eating, drinking and breeding;

No sentimentalist-no stander above men and women, or apart from them;

No more modest than immodest.

Unscrew the locks from the doors!

Unscrew the doors themselves from their jambs!

Whoever degrades another degrades me;

And whatever is done or said returns at last to me.

Through me the afflatus surging and surging-through me the current and index.

I speak the pass-word primeval-I give the sign of democracy;

By God! I will accept nothing which all cannot have their counterpart of on the same terms.

Through me many long dumb voices;

Voices of the interminable generations of slaves;

Voices of prostitutes, and of deform'd persons;

Voices of the diseas'd and despairing, and of thieves and dwarfs;

Voices of cycles of preparation and accretion,

And of the threads that connect the stars-and of wombs, and of the father-stuff,

And of the rights of them the others are down upon

Of the trivial, flat, foolish, despised,

Fog in the air, beetles rolling balls of dung.

Through me forbidden voices;

Voice of sexes and lusts-voices veil'd, and I remove the veil;

Voices indecent, by me clarified and transfigur'd.

I do not press my fingers across my mouth;

I keep as delicate around the bowels as around the head and heart;

Copulation is no more rank to me than death is.

I believe in the flesh and the appetites;

Seeing, hearing, feeling, are miracles, and each part and tag of me is a miracle.

Divine am I inside and out, and I make holy whatever I touch or am touch'd from;

The scent of these arm-pits, aroma finer than prayer; This head more than churches, bibles, and all the creeds

Publié dans : Poésie
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Dimanche 3 octobre 7 03 /10 /Oct 19:23

 

 


Degas, Gauguin, comme plus tard Matisse ou Picasso, étaient également sculpteurs, et d’un talent tel qu’ils apparaissent aujourd’hui comme des artistes ayant bouleversé la sculpture à la fin du XIXe siècle  (je ne cite pas Renoir, qui est venu très tard à la sculpture et me semble bien inférieur dans ce domaine).

 

    

 

 


 

Edgar Degas, Cheval arrêté, entre 1865 et 1881, statuette en cire avec socle en bois, H. 31,5 ; L. 39,7 ; P. 19,7 cm

 


Mallarmé surnommait Degas "le rigoureux", et en effet cet artiste était d’une rigueur extrême, notamment dans sa recherche de réalisme. « En art, disait-il, on n’a jamais le droit de s’écarter du vrai. Mais ce vrai, on ne le rend qu’à la condition de ne pas chercher de parti pris la laideur au point de ne voir qu’elle. J’ai le plus profond dégoût pour ces plats réalistes que nous voyons aujourd’hui appuyer, dans leur interprétation de la vie, sur le côté canaille des êtres. Le véritable réaliste ne dissimule pas, mais il met chaque chose à sa place. »

 

Degas vivait pour le dessin. Il utilisait la sculpture simplement pour "améliorer" sa peinture. Au salon de 1866, un des tableaux qu’il expose, Scène de steeple-chase, où il avait représenté un cavalier à terre, s’attira ce commentaire : « Comme ce jockey, le peintre ne connaît pas encore parfaitement le cheval ». Degas voulut donc progresser : « Pour arriver à une exactitude si parfaite qu'elle donne la sensation de la vie, il faut recourir aux trois dimensions, et cela non seulement parce que le travail du modelage exige de la part de l'artiste une observation prolongée, une faculté d'attention plus soutenue, mais parce que l'à-peu-près n'y est pas de mise. »

 

Degas modela ses sculptures en massant la cire. Il économisa son matériau en incorporant par endroits du liège. Degas a même utilisé le bouchon d'une bouteille de vin pour la tête du cheval.

 

 

 

 

 


 

Edgar Degas (1834-1917), Petite danseuse de 14 ans, modèle entre 1865 et 1881, statue en bronze avec patine aux diverses colorations, tutu en tulle, ruban de satin rose dans les cheveux, socle en bois, H. 98 ; L. 35,2 ; P. 24,5 cm

 


A
la mort de Degas, on trouva dans son atelier 150 sculptures. Du vivant de l'artiste, ces œuvres étaient restées à peu près inconnues du public, à l'exception de la Danseuse de 14 ans, que Degas montra à l'exposition impressionniste de 1881. Coiffée de vrais cheveux, vêtue d'un tutu et de véritables chaussons, présentée dans une vitrine à la manière d'un spécimen de musée, elle témoigne d’un réalisme poussé à l'extrême. Les critiques réagirent aussitôt : ils accusèrent Degas de représenter la fillette de manière bestiale ; on la compara à un singe ou un aztèque. On lui trouva un visage "où tous les vices impriment leurs détestables promesses, marque d'un caractère particulièrement vicieux".

 

 


 
Paul Gauguin (1848-1903), Soyez mystérieuses, 1890, bas-relief en bois de tilleul polychrome, H. 73 ; L. 95 ; P. 5 cm



 

 

Paul Gauguin (1848-1903), Idole à la coquille, entre 1892 et 1893, statuette en bois de fer, nacre, dent et en os, H. 34,4 ; L. 14,8 ; P. 18,5 cm



 

 

Paul Gauguin (1848-1903), Oviri, 1894, grès, H. 75 ; L. 19 ; P. 27 cm

 



Christopher Gray, auteur du catalogue Sculpture and Céramics of Paul Gauguin (1963), voit dans Oviri "l'expression de la profonde désillusion et du découragement de Gauguin. Il n'a que 47 ans et il a consacré ses forces à la carrière artistique pendant douze ans. Il lui semble qu'il ne fait pas de progrès. Son retour en France le conduit dans une série de désastres […] Le thème d'Oviri est la mort, le sauvage, le farouche. Oviri trône sur le corps d'une louve morte, écrasant son louveteau".

 


Toutes ces oeuvres sont conservées au musée d’Orsay.

Publié dans : Sculpture
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Lundi 2 août 1 02 /08 /Août 17:03

 

 




Le XVIIIe siècle en Russie est marqué par la figure d’une impératrice en la personne de Catherine II (1729-1796). Dans les premières années de son règne, elle défend les principes de l’absolutisme éclairé, ce qui va engendrer une nouvelle situation politique et sociale.




Pendant les trente-quatre années passées sur le trône, la tsarine manœuvre afin que son pays joue un rôle majeur dans le concert européen, et cela dans les domaines politiques, économiques et culturels. Catherine II se pose là en successeur de Pierre Ier (1672-1725) qui a recherché et mené à bien le rapprochement de l’empire avec l’Europe.

Pierre Ier a engagé une transformation complète du pays. Avec persévérance, et sans pitié, il a démantelé les anciennes structures et rompu avec les traditions. Son premier voyage en Europe (1697-1698) est la conséquence de son goût pour la culture et les techniques occidentales découvertes dans les faubourgs de Moscou où vivent des étrangers. Pierre Ier amorce une profonde transformation de son pays. L’entrée dans une nouvelle ère est inaugurée par l’abandon de l’ancien mode de calcul du temps byzantin et l’adoption du calendrier julien.

Il fonde, ce qui démontre un courage et une détermination extraordinaire en pleine grande guerre du Nord (1700-1721), la ville de Saint-Pétersbourg, qui ouvre l’accès à la mer Baltique. Pour aménager de la ville, le tsar attire architectes et artistes d’Europe occidentale sur les rives de la Neva. La nouvelle capitale (Pierre s’y installe en 1713) devient « une fenêtre sur l’Europe », selon les mots du poète Pouchkine.

La grande guerre du Nord, qui voit la Suède affronter une coalition formée de la Russie, du Danemark, de la Norvège et de la Saxe-Pologne (que rejoignent en 1715 la Prusse et Hanovre) marque la victoire de la Russie, nouvelle puissance dominante sur la mer Baltique et acteur majeur sur la scène européenne (la Suède face à tant d’ennemis puissants a tout de même accompli des prodiges guerriers pendant les vingt et une années de conflits : la bataille de Narva vit ainsi la victoire de 8000 Suédois sur… 23000 Russes).


Ce triomphe amène Pierre à renoncer à sa dignité de tsar pour adopter le titre d’empereur et le qualificatif de « Grand ».

Catherine II est une princesse allemande qui épouse en 1745 l’héritier du trône de Russie, Pierre III. Elle accède ensuite au trône à la faveur d’un coup d’Etat (autrement dit, elle fait assassiner son mari). Mais la souveraine se conduit en toute occasion en Russe fervente. C’est une femme très cultivée, dans l’esprit des Lumières. Elle entretient une correspondance avec Voltaire, dont elle se considère la disciple, mais aussi avec Diderot, Rousseau et le baron de Grimm. Partant de l’affirmation de principe : « La Russie est une puissance européenne », elle adopte les idées des philosophes d’Europe et surtout celle de Montesquieu et de son Esprit des lois.

Mais son règne connaît, dès le début, des révoltes paysannes, qui sont réprimées violemment. Au fil des années, ses conceptions éclairées s’estompent de plus en plus. Un temps envisagé, l’abolition du servage ne sera pas réalisée. Mais elle connaît des succès sur la scène internationale, qui aboutissent à l’agrandissement du territoire russe (aux dépens de la Turquie et de la Pologne). Elle entreprend une refonte de l'administration très importante (divisant notamment son immense pays en 50 gouvernements). Catherine II encourage aussi vivement les sciences, les arts, et favorise un nouveau discours architectural, en accord avec la modernisation de l’Etat. Le développement du style classique russe coïncide avec la période d’Europe occidentale.

 

 

Publié dans : Histoire
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Samedi 17 juillet 6 17 /07 /Juil 18:49

 

  

Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand coeur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats

(Charles Baudelaire)

 

  

 

 

 

  

Pierre Puget naît à Marseille en 1620 dans une famille modeste et commence à s'initier à la sculpture chez un sculpteur sur bois, Jean Roman. En 1638, il fait son premier voyage en Italie ; il se rend à Florence et Rome et collabore à des oeuvres de Pierre de Cortone. De retour en Provence, il s'installe à Toulon et se spécialise dans les tableaux religieux.

 

     

En 1646, il reçoit sa première commande importante, le portail de l'hôtel de ville de Toulon. Il sculpte deux admirables figures d'atlantes supportant le balcon central. La forte expressivité de ses personnages sera la marque de Puget. Il fait ici référence aux Esclaves de Michel-Ange, tout en créant des visages marqués par l'angoisse.

 

 

 

 

 

  

De 1660 à 1667, Puget retourne en Italie, et séjourne surtout à Gênes. Il sculpte l'Hercule gaulois, aujourd'hui conservé au Louvre, qui était destiné à Fouquet pour son château de Vaux-le-Vicomte. Après l'emprisonnement du surintendant des Finances, l'oeuvre est placée dans le jardin du château de Sceaux, propriété de Colbert. Le thème est à comprendre comme un éloge de la monarchie française : Hercule gaulois est le fondateur mythique de Lutèce.

 

  

A son retour en France, en 1667, Puget est engagé par le service de la Marine royale à l'arsenal de Toulon et dirige pendant plus de dix ans l'atelier qui sculpe les énormes décorations des vaisseaux du Roi. Il est licencié en 1679 et travaille alors à ses créations personnelles, tout en réalisant des oeuvres pour le Roi.

   

On a souvent qualifié Puget d'artiste "maudit". C'était un marginal, un vrai caractère, mais un artiste respecté et recherché. "Maudit" semble un terme bien fort...

  

 

 

 

 

  

Les oeuvres les plus marquantes de Puget sont des sculptures destinées à Louis XIV, pour lesquelles Puget a pu choisir ses sujets et bénéficié, grâce à Colbert, d'importants blocs de marbre. Le Milon de Crotone (1683) est peut-être son chef-d'oeuvre (j'aime m'arrêter devant lui au Louvre, d'autant qu'il est exposé dans une très belle salle). On peut voir dans cette oeuvre une version moderne du Laocoon. La douleur de l'athlète dévoré par des fauves rappelle celle du prètre troyen. Cette sculpture prouve qu'un artiste du 17e siècle peut inventer une méditation morale à partir d'un sujet antique, tout en réalisant une prouesse esthétique. L'expression de souffrance ne se limite pas au seul visage, mais irradie toute la surface du marbre, travaillé de manière sublime.

 

 Cette oeuvre fait penser à la phrase de Puget  : "Je me suis nourri aux grands ouvrages, je nage quand j'y travaille et le marbre tremble devant moi, pour grande que soit la pièce." Puget est un des rares artistes de son temps à tailler lui-même ses sculptures en marbre en pratiquant la taille directe, remettant ainsi à l'honneur une tradition perdue depuis Michel-Ange. Puget est à la fois artiste et artisan.

 

  

Il est aussi un homme indépendant, qui a parfois maille à partir avec ses commanditaires, si puissants soient-ils, un artiste qui a exercé son talent en peinture et en architecture, mais qui a révélé son génie dans l'art de la sculpture.

 

 

 

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